Zion in Murallon

LAURÉAT MXP 2012

Le Cerro Murallon et ses 2656 m, en plein cœur de la Patagonie, se méritent, c’est le moins que l’on puisse dire. Jérôme Sullivan et ses potes ont vécu 35 jours en autonomie totale dans son univers extrême pour ouvrir une magnifique ligne d'escalade. Sur le pilier sud-est, ils ont traçé "El Pilar del Sol Naciente", une voie de 1000 m en rocher dans des conditions particulièrement hostiles. Un bel exploit technique et une aventure humaine inoubliable dans un décor somptueux battu par les vents.

DĂ©part

8 novembre 2012

Arrivée

12 décembre 2012

Durée

35 jours

UNE ENVIE D’INEXPLORE

« Ce projet est né d’une envie d’aller vers l’inconnu, vers l’inexploré, sans rien attendre d’autre que de l’émotion, du partage et de la découverte. »

Jérôme Sullivan est à l’origine du projet  « Zion in Murallon ».  Cet aspirant guide n’a eu aucun mal à convaincre François Poncet, dit Pompon, et Jérémy Stagnetto, dit Djamel, pour le suivre dans cette aventure givrée. Ils sont amis de longue date. Leurs compétences complémentaires les ont amenés à parcourir de nombreuses montagnes ensemble et à souder leur cordée.

« Certains d’entre nous avaient découvert les massifs du Cerro Torre et du Fitz Roy en 2011. Suite à cette expérience exceptionnelle, nous avons voulu aller voir plus loin. L’aspect sauvage et retiré du Cerro Murallon nous a tout de suite attirés », explique-t-il dans son dossier de candidature au MXP.

Un échange avec Bruno Sourzac, professeur à l’Ecole nationale de ski alpinisme et spécialiste de la Patagonie, finit de les décider. « Il nous a montré des photos de sa tentative en face Est. Nous avons tout de suite accroché. »

Le Cerro Murallon a seulement quatre voies tracées. Sa face Est reste vierge de toute ascension. Sa situation géographique le place, il est vrai, à l’épicentre des caprices météorologiques de la Patagonie. Mais pour eux, elle reste « une terre de légende comme Zion » !

« L’aspect sauvage et retiré du Cerro Murallon nous a tout de suite attirés. »

LA MONTAGNE, UNE HISTOIRE D’AMITIÉ

Le trio de copains est rejoint par la grimpeuse Lise Billon et l’alpiniste espagnol Pedro Angel Galan Diaz. Lui et Jérôme ont déjà réalisé, cette même année, la face Ouest des Drus par la voie "Les Papas" et le "Pilier Bonatti" lors de la saison hivernale. Un tout petit avant-goût de ce qui les attend ! « La montagne pour nous, dit Jérôme, c'est surtout une histoire d'amitié. Quand d'autres potes veulent se joindre à nous, c'est jamais de refus. »

Leur aventure débute donc en novembre. « Pour arriver au plus près du glacier, là où il se jette dans le lac, le plus simple était de prendre un bateau touristique puis des 4X4 jusqu’au refuge d’Upsala », explique Lise. « De là, nous avons marché une journée pour rallier le refuge Pascal avec la première partie de notre chargement. »
Puis ils ont renouvelé la manœuvre : difficile d’acheminer 10 sacs de 30kg chacun en une seule fois !

« Du refuge Pascal, il fallait compter entre deux et quatre jours pour rejoindre la base du Cerro Muraillon. La durée variait en fonction de notre chargement. On a fait deux aller/ retour. Du coup, on a beaucoup beaucoup marché! » poursuit Jérôme.

UN DEFI TECHNIQUE ET HUMAIN

Le 15 novembre, c’est enfin le grand jour.  Jérôme à 29 ans et  il reçoit… la première longueur en cadeau d’anniversaire dans ce bout du bout du monde balayé par les vents !

« On a grimpé les  300 premiers mètres puis on a été interrompus plusieurs jours par le mauvais temps. » Pluie, violentes rafales, neige… Rien ne les épargne ! « C’est pas franchement la place de l’homme », admet Jérémy !

Ils mettent finalement neuf jours pour venir à bout de cette voie majeure, qui avait déjà vu plusieurs tentatives échouer. Ses caractéristiques techniques se passent de tout commentaire : 1000m, avec des difficultés 7b, A1, WI 6 et M6 !

Ce qui les a le plus marqués ? « Le manque d'infos sur la météo. Le téléphone sat ne fonctionnait plus. C’était très stressant, » reprend Jérôme.

L’ultime nuit passée à seulement 50 mètres du sommet dans un froid glacial était aussi un grand moment. « La dernière longueur nous barrait le chemin. On a vraiment cru qu'on allait buter juste là, si près du haut du pilier. »

Et pourtant ils l’ont fait !

« Si une ligne attendait d'être gravie, c'était celle-là.! » 

Rolando Garibotti, alpiniste argentin.

LA PATAGONIE REPROGRAMMEE EN 2014

« La confiance réciproque et notre motivation énorme à gravir ces géants de Patagonie nous ont permis de mener à bien cette aventure humaine et sportive », reconnaît Jérôme.

Les grimpeurs continuent, depuis, de passer pas mal de temps ensemble. Ils ont terminé 2013 par deux mois d’escalade à Joshua Tree, en Californie. Début mars 2014, Lise, Pedro et Jérôme mettent le cap sur l’Alaska et son glacier des Révélations, avec la ferme intention de réaliser de nouvelles ouvertures.

Ils prévoient de repartir en Patagonie cet automne pour gravir un autre sommet isolé avec de belles faces ingrimpées :  le Riso Patron… Quand on aime…

L’Équipe

Jérôme Sullivan, né en 1983
Aspirant guide
Jérémy Stagnetto, né en 1985
Aspirant guide, membre du groupe excellence alpinisme national.
François Poncet, né en 1983
Moniteur d’escalade et de canyons dans les Aiguilles de Bavella (Corse).
Lise Billon, née en 1988
Monitrice d’escalade. Membre de l’équipe nationale d’alpinisme féminine 2010-2012.
Pedro Angel Galan Diaz
Alpiniste espagnol