Pour une poignée de secondes

LAURÉAT MXP 2013

En 2013, Jérome Para et Arnaud Bayol rêvaient de réitérer l’exploit réalisé en 1981 par la cordée Bérhault/Boivin : gravir successivement l’aiguille du Fou et les Drus en s’élançant du sommet non pas en aile delta, comme leurs prédécesseurs, mais en base-jump.

Arrivés en haut du Fou, ils doivent renoncer. Trop dangereux. Ils choisissent alors une autre voie pour partager leur passion avec le public : enchaîner ascensions de sommets alpins légendaires et sauts exceptionnels sous l’œil averti et la caméra de l’alpiniste-réalisateur Bertrand Delapierre.  

Départ

Mai 2013

Arrivée

Août 2013

Durée

3 mois par intermittence

UN TRIP CONTRARIÉ

Début 2013, Jérome Para et Arnaud Bayol ont envie de se lancer dans un projet « sympa »  à domicile. Ces deux guides de haute montagne, experts en « paralpinisme, rêvent d’un bel enchaînement mêlant leurs deux passions :  escalade rapide, de haut niveau technique, et descente en base jump dans une ambiance aérienne. Ils imaginent alors « Double dose » :  ils veulent grimper le Fou et les Drus, deux des parois mythiques surplombant la Mer de Glace, et les descendre en sautant. Ils mettraient ainsi leurs traces dans celles de leurs aînés : Patrick Bérhault et  Jean-Marc Boivin ! Le projet est ambitieux.

« Nous sommes partis en repérage un jour de fin avril. Nous sommes arrivés au sommet de l’aiguille du Fou, à 3501m, après une longue et éprouvante traversée. Et là, nous avons dû nous rendre à l’évidence : la fameuse face sud du Fou n’était pas si raide que ça! Sauter était dangereux et on a préféré renoncer. C’était une sage décision mais aussi une petite déception car c’était le point de départ de notre projet. Le thème de notre trip et son ancrage historique en prenaient un coup », explique Jérôme. 

« Ne pas sauter était une sage décision. »

RACONTER NOTRE QUOTIDIEN

Les deux copains réfléchissent alors à un autre l’enchaînement. « Nous avons gardé en tête les motivations qui nous avaient amenées là : grimper, sauter, faire partager nos passions et procurer des sensations fortes au public. Nous avons alors décidé de raconter ce que l’on fait tous les jours et de mettre en images une progression d’ascensions et de sauts. Cette évolution débute sur nos sports d’entraînement habituels et monte en intensité jusqu’à la haute montagne. »

L’esprit de cordée reste le fil rouge de leur aventure. « Nous voulons valoriser le plaisir d’évoluer dans un milieu exceptionnel mais aussi et surtout la notion de risque calculé. Il est très important pour notre image de professionnels de la montagne que le public comprenne que rien n’est laissé au hasard. »

« Le public doit comprendre que rien n’est laissé au hasard. »

LA QUETE DU SAUT PARFAIT

Jérome et Arnaud sont donc partis en quête du saut parfait, celui qui combine au mieux belle escalade et longue chute sous l’œil expert de Bertrand Delapierre.

Ils ont notamment gravi, à la journée, le Rateau (3809 m) et l’Olan (3564 m) par la voie classique, dans le massif des Ecrins, le pic de Bure (2709 m) qui domine la station de Super Dévoluy, la Croix des Têtes (2492 m) en Maurienne, le Grand Capucin (3830 m), dans le massif du Mont-Blanc …  Et pour descendre, ils ont à chaque fois pris la voie des airs, utilisant des pantalons de dérive pour plus d’aisance et de mobilité.

Et à la clé, il y a des sensations bien sûr pour ces hommes-oiseaux !

Jérôme  évoque cette descente des 1600 mètres de la Croix des Têtes en 40 secondes ou ce saut au Pic de Bure : « Il avait déjà été réalisé par Benoit Paquet en 2003 mais de l'autre côté, sur 280 m. Cette fois, nous avons sauté depuis le point le plus haut et sans rappel. Cela représente 550 mètres de verticale et 15 secondes de dérive, tout ça au-dessus des deux voies Desmaison."

Il y a aussi des émotions comme ce saut de 1500 mètres depuis l’Olan face au soleil couchant… 

Le 28 août, les deux guides bouclent leur virée par le Grand Capucin. Ils l’atteignent par l’itinéraire Bonatti, car le saut se trouve exactement.au sommet de cette voie. « Nous sommes restés cinq heures dans les nuages à attendre une trouée... Cinq heures d’incertitude et puis hop, une éclaircie et nous avons décollé ! »  Le pied !

RETOUR EN ARRIERE

Le projet initial de Jérôme et Arnaud renvoie à l’histoire de l’alpinisme. Le 14 août 1981, la cordée Bérhault/Boivin ouvre la voie aux enchaînements multisports. Les deux hommes gravissent la face sud du Fou (4h) puis décollent du sommet en tandem sous un delta-plane bi-place. Ils atterrissent au pied des Drus. Ils enchaînent alors avec la Directe Américaine (face ouest du Petit Dru)... 

27 MN A COUPER LE SOUFFLE

L’enchaînement inédit des deux Haut-Alpins a donné lieu, comme promis, à un film riche en belles images et en sensations, de ceux qui font vibrer le public et dont Bertrand Delapierre a le secret… « Il fait 27 min, y'a des images de montagne méga classes (même si je ne suis pas objectif… ), du track fut multicolor, de l'alpi et de la grimpe… » résume Jérome.

« Pour une poignée de secondes », c’est son titre, témoigne ainsi de cette discipline encore confidentielle mais qui écrit, à sa manière, une nouvelle page de l’histoire de l’alpinisme. 

L’Équipe

Jérôme Para, né en 1981
Guide de haute montagne et moniteur d’escalade. Huit ans d’expéditions autour du monde.
Arnaud Bayol, né en 1979
Guide de haute montagne et moniteur d’escalade. Membre du GMHM
Bertrand Delapierre, né en 1976
Alpiniste et réalisateur. La vidéo de montagne est sa spécialité.