La Rinconada : quand l'aventure est une affaire humaine

Lauréat MXP 2018

Les Millet Expédition Project, programme par lequel Millet et ses partenaires soutiennent de grandes aventures sportives et humaines depuis 10 ans, ont accompagné sur le projet « Expedition 5300 » un groupe d’aventuriers au profil inhabituel : des hommes et des femmes de science qui consacrent leur énergie à l’exploration de territoires méconnus, étudiant les aspects humains et scientifiques.

DĂ©part

28 janvier

Arrivée

5 mars

Durée

1 mois et demi

Le 28 janvier 2019, un groupe d’une vingtaine de médecins et scientifiques sont partis en direction du Pérou pour y installer un laboratoire d’analyses, d’abord à Lima, puis à Puno et enfin dans la plus haute ville du monde, La Rinconada, située à 5300 mètres d’altitude. Au-delà de l’aspect scientifique, ce projet s’est avéré être une épreuve pour les participants : outre l’altitude extrême à assimiler, il fallait aussi transporter sur des chemins très peu praticables puis installer le laboratoire. Une aventure dans l’aventure pour l’équipe de chercheurs.

Organisé et planifié durant toute l’année précédente, ce projet avait pour objectif de collecter des données sur les caractéristiques génétiques, biologiques, hématologiques et cardiovasculaires des 50 000 habitants de cette cité des Andes.

Les hommes et femmes qui résident dans cette zone minière sont exposés à des conditions de vie très rudes, parce qu’ils doivent composer avec une atmosphère très appauvrie en oxygène, son niveau étant 50% plus faible que celui que l’on retrouve au niveau de la mer.

Organisé et planifié durant toute l’année précédente, ce projet avait pour objectif de collecter des données sur les caractéristiques génétiques, biologiques, hématologiques et cardiovasculaires des 50 000 habitants de cette cité des Andes.

L’expédition avait également pour but d’étudier les conditions de vie de cette population (pas d’eau courante ni de système d’égouts) et de tenter d’apporter quelques solutions au quart de cette population qui est touchée par le « mal chronique des montagnes ». Durant les 2 semaines passées sur place, l’équipe de chercheurs ont rencontré et examiné près de 1000 habitants pour des tests et analyses physiologiques. Samuel Vergès, responsable de l'expédition et chercheur à l'Inserm de Grenoble (Institut national de la santé et de la recherche médicale), revient sur cette expédition.

En tant que responsable de ce projet « Expédition 5300 », vous considérez vous satisfait des résultats obtenus ? Expliquez-nous comment cela s’est déroulé ?

Organiser un tel programme de recherche dans ces conditions est un gros défi qui s’expose à de nombreux aléas humains, matériels, logistiques voir politiques. Expédition 5300 s’est déroulé quasi parfaitement. L’équipe de scientifiques a particulièrement bien fonctionné malgré des conditions de travail très intenses et difficiles. L’accueil des péruviens que ce soit les mineurs, les étudiants en médecine ou les institutionnels a été très positif. Les attentes des habitants de La Rinconada étaient très grandes du fait du souci qu’ils se font pour leur santé à une telle altitude. Au total l’équipe est rentrée avec de nombreuses données scientifiques et médicales uniques, qui vont dans les mois à venir fournir des éléments de compréhension particulièrement originaux des effets de l’altitude sur l’organisme humain.

Au total l’équipe est rentrée avec de nombreuses données scientifiques et médicales uniques, qui vont dans les mois à venir fournir des éléments de compréhension particulièrement originaux des effets de l’altitude sur l’organisme humain.

Quel a été le moment le plus fort de l’expédition ?

L’arrivée dans la ville de La Rinconada avec toute l’équipe, tout le matériel, a été un moment particulièrement fort. Des dizaines de mineurs nous attendaient déjà devant le lieu que nous allions transformer en laboratoire pour nous aider à tout installer et pour être candidat aux évaluations que nous allions proposer. Certains mineurs étaient dans des situations de santé difficiles voir graves, et ceci sans quasiment aucun accès aux soins médicaux. Quitter cette ville et laisser ainsi la population sans soutien médical a été également émouvant, nous avons fait la promesse de revenir bientôt et d’organiser une coopération avec entre autres un dispensaire pour aider la population.

Dans les conditions que vous avez dû affronter, quelle importance revêtait l’équipement que vous emportiez avec vous ?

Nous avons bénéficié du soutien matériel des Millet Expedition Project et avons pu éprouver les produits mis à disposition par tous les partenaires MXP, dans des vraies conditions de haute altitude et ce pendant plusieurs semaines. Le confort apporté par le matériel a été particulièrement bienvenu dans des lieux où nous travaillions en statique, dans des températures assez froides (autour de 10°C) sur des durées assez longues (près de 12h chaque jour).

L’arrivée dans la ville de La Rinconada avec toute l’équipe, tout le matériel, a été un moment particulièrement fort. Des dizaines de mineurs nous attendaient déjà devant le lieu que nous allions transformer en laboratoire pour nous aider à tout installer et pour être candidat aux évaluations que nous allions proposer.

En quoi ce projet scientifique a pu s’apparenter à une véritable aventure pour ses protagonistes ?

L’aventure est d’abord humaine : travailler, manger, vivre, être malade, 24h sur 24 et 7 jours sur 7 pendant 7 semaines avec des collègues de travail. Vivre en permanence avec 50% d’oxygène en moins est pour tout être humain et en particulier pour nous habitant de plaine une épreuve. On ressent notre organisme lutter, réagir puis se fatiguer, faiblir et parfois tomber malade sans avoir vraiment de solution, c’est une vraie expérience corporelle. Vivre et travailler des semaines dans une ville sans eau courante, sans sanitaire, sans chauffage à 5300 m d’altitude est par ailleurs également très déplaçant pour nous. Rencontrer, partager la vie au jour le jour, essayer de tolérer pendant plusieurs semaines les mêmes conditions de vie des habitants de La Rinconada en a fait de véritables collaborateurs voire des amis, plutôt que des sujets de recherche. La plus grande exploration est pour moi humaine : Rencontrer l’autre en profondeur et en vérité, partager mutuellement notre vie, notre expérience, nos richesses et nos fragilités.

Vous avez vécu dans un endroit où les gens vivent très différemment de nous. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

La Rinconada est une ville minière (mine d’or) accrochée à la montagne dans ce qui pour nous ressemble plus à un bidon ville, sans infrastructure ni encadrement institutionnel. Découvrir ces gens, les entendre nous expliquer pourquoi ils ont choisi de vivre ici, quels sont leurs projets, leurs envies, leurs difficultés a été une rencontre exceptionnelle. Vivre et travailler véritablement avec eux dans les conditions locales a été la garantie d’une rencontre authentique.

L’aventure est d’abord humaine. Vivre en permanence avec 50% d’oxygène en moins est pour tout être humain et en particulier pour nous habitant de plaine une épreuve.

Ce voyage a laissé beaucoup de souvenirs aux participants, qui au-delà de l’étude en elle-même, ont pu se confronter à eux-mêmes dans un environnement difficile, découvrir et échanger avec la population locale. Le projet « Expédition 3500 » n’est d’ailleurs pas considéré en lui-même comme une aventure isolée par son responsable, mais plutôt comme le projet pilote d’un programme plus ambitieux, visant à évoluer au fil du temps vers une présence plus régulière de médecins et d'un laboratoire, au service de la recherche et surtout des habitants de cette ville unique, La Rinconada.

Retrouvez toutes les informations détaillées autour de ce projet sur : http://expedition5300.com/

L’Équipe

Samuel Vergès
Responsable Expédition 5300
Axel Pittet
Responsable Communication Expédition 5300