Khuiten 2013

Expédition sur 5 montagnes sacrées de l'Altaï Mongol

Shams Eybert-Bérard, Pierre-Alain Philippi, Thomas Guerrin et Thibault Drouet ont skié trois des cinq montagnes sacrées de l’Altaï Mongol en août 2013 dont le plus haut sommet de Mongolie : le mont Khuiten (4374 m). Ces quatre amis d’enfance ont rejoint ce bout du monde en vélo et sans assistance, depuis Olgii, à la frontière russo-mongole. Leurs compagnons de route ? Des sentiers souvent abominables, une météo exécrable, des moustiques mais aussi des moments forts et de belles rencontres.  Cette aventure mémorable a fini de souder leur amitié !

DĂ©part

31 juillet 2013

Arrivée

31 août 2013

Durée

32 jours

UNE DESTINATION, FRUIT D’UNE BALADE SUR GOOGLE EARTH

Les grands voyages ? Shams Eybert-Bérard connaît bien ! Tous les étés depuis six ans, cet étudiant en ostéopathie parcourt le monde, le plus souvent en autonomie et en vélo.En 2013, il a entraîné trois de ses potes dans l’aventure, des passionnés de montagne comme lui. C’est la première fois qu’ils pouvaient partir ensemble… Une occasion à ne pas rater ! Restait à trouver la destination. « J’aime beaucoup l’Asie centrale. Les gens sont très accueillants. J’ai eu envie de monter notre projet dans cette région », explique Shams. Les hasards d’une balade sur Google Earth ont fait le reste… « J’ai découvert un peu par hasard le mont Khuiten. Il est situé dans la région la moins peuplée de ce pays le moins peuplé du globe ! » Il n’en fallait pas davantage pour exciter la curiosité du baroudeur. Ainsi est née l’expédition « Mont Khuiten 4374m ». Au programme : du vélo pour relier Olgii, à la frontière russo-mongole, au pied du glacier Potamine, en complète autonomie. Puis du ski pour réaliser les ascensions glaciaires des monts Khuiten, Nairamdal (4180m) et Malchin (4050m). Un défi sportif couplé, dans un deuxième temps, à la rencontre des peuples nomades Kazakhs, éleveurs de rennes et chasseurs à aigles. « Nous sommes tous plus ou moins pro de quelque chose mais pas de la montagne ! Les six mois précédents notre départ, on s’est préparé chacun de son côté, Thomas à Paris, Pierre Alain à Madrid, Thibault et moi à Grenoble. Le père de Thomas est guide et nous a conseillés. Nous avons notamment gravi deux fois le dôme des Ecrins pour nous entraîner à planter la tente sur le glacier. » Côté topo, c’est le désert… Ils ont dû se contenter d’un bout de carte récupéré via un site russe et de récits d’aventuriers qui les avaient précédés.  

« Nous sommes tous plus ou moins pro de quelque chose, mais pas de la montagne ! »

MAUVAISES CONDITIONS MAIS GROSSES REUSSITE

Début août. L’équipe arrive à Olgii,la plus importante ville de l’ouest de la Mongolie avec 18 000 habitants. L’heure est aux derniers préparatifs. « Nous achetons des fruits et 14kg de nouilles lyophilisées chinoises afin d’assurer dix jours d’autonomie sur les 14 prévus pour réaliser la première partie de notre expédition. » C’est sans compter la route « pourrie » (sable, cailloux, marécages, torrents glacés…), la météo exécrable (vent, pluie...) et les moustiques ! « Nous avons mis quatre jours pour faire les 50 premiers kms! Nous avons dû pousser nos vélos la moitié du temps ! » Heureusement, les 356 km de pistes ne se ressemblent pas… Et puis  l’hospitalité mongole légendaire est là pour effacer le découragement. L’équipe n’est pas, pour autant, au bout de ses peines ! A 14 km du but, c’est même carrément la désillusion : « La fièvre aphteuse sévissait dans le parc et nous ne pouvions pas entrer. Nous avions besoin d’un laisser-passer que nous aurions dû nous procurer à Olgii !» 

« Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité »

Antoine de Saint-Exupéry

Après moult palabres, un guide austrolo-mongol réussit à intervenir en leur faveur et les gardes finissent par céder… Personne n’était déjà venu jusqu’ici à en vélo quand même ! « Nous avons enfin pu rejoindre le camp de base du mont Khuiten. Atteindre le sommet n’a pas été facile. Le temps change très vite dans l’Altaï. Nous avons dû nous orienter au GPS dans le brouillard, le vent et le froid. Nous avons juste bénéficié d’une éclaircie rapide en haut. Mais la montagne était facile, un petit mont Blanc ! Nous avons eu une super neige pour redescendre du coup nous avons enchaîné le mont Naraimdal, avec, là encore, seulement un bout de ciel bleu au sommet. » Le lendemain, Thomas et Shams gravissent le mont Malchin, cette fois-ci par beau temps. « C’est mon plus beau souvenir », admet Shams. Le retour à Olgii est à l’image de l’aller, dantesque ! Pourtant, « cette expédition est pour nous une grosse réussite. Malgré les mauvaises conditions, on ne s’est jamais engueulé. »

800KM ET QUATRE SOMMETS

D’aucuns auraient pu se contenter de ce périple mais pas le quatuor. « Après 24 heures de repos, nous sommes repartis en vélo en direction du massif du Tsambagarov, à 100km au sud-est d’Olgii.  A peine sortis de la ville, nous nous sommes perdus. Nous avons dû grimper dans les arbres pour tenter de nous repérer. C’était incroyable, un dédale de chemins seulement entretenus par le passage des locaux. Là encore, le plus simple a été de nous déplacer au GPS! » Le soir, c’est le bonheur d’une rencontre avec un chasseur d’aigles et les 15 membres de sa famille. « Il nous a invités à manger et à dormir. » Un chouette moment avant un lever matinal pour une nouvelle escapade-ski sur glacier, une nouvelle soirée sous la yourte, un nouveau retour à Olgii et une dernière aventure : « Nous avons réalisé, en style alpin, une arête esthétique se finissant par un dôme de neige sans nom, perché à 3701m. On a fait notre petite ouverture et avons baptisé notre voie Tolgtor, du nom du chauffeur qui nous avait accompagnés. » L’absence de présence humaine à des kilomètres à la ronde est totale. Elle leur confirme simplement qu’ils ont trouvé ce qu’ils étaient venus chercher : l’aventure et la liberté. Ainsi s’est bouclée une belle expédition de plus de 800km dont 90 % de piste et de quatre sommets, avec, en prime, une grande fierté : « nous avons prouvé que la réussite est possible même sans être spécialistes et qu’il suffit de croire en ses rêves ». Un film, présenté en décembre 2014, au festival d’Autrans, en témoignera !

« Le plus important pour nous reste de l’avoir fait au plus proche de la population, en dormant parfois sous la yourte, en partageant nos repas avec les locaux… » 

LE CHOIX DU VELO

Les quatre copains ont opté pour des vélos de voyage qu’ils ont équipés eux-mêmes. Des cycles lourds (14kg) et robustes, mécaniquement très simples : pas de freins à disque, pas de suspensions… « Jamais compliqués à réparer ni à abandonner si besoin ! »

L’Équipe

Shams Eybert-BĂ©rard
25 ans. Etudiant en ostéopathie. Son expérience en alpinisme comme en voyages en autonomie, à vélo, font de lui un pilier de l’équipe.
Thibault Drouet
25 ans. Etudiant en 6e année de médecine. Ce Grenoblois est passionné de montagne et de sports extrêmes.
Pierre-Alain Philippi
25 ans. Véritable globe-trotteur. A vécu dans de nombreux pays. Ce féru de snowboard (pratique à haut niveau) est installé à Madrid.
Thomas Guerrin
25 ans. Photographe et cameraman indépendant. Copain « de berceau » de Shams (ils ont six jours d’écart)