Inuit Lines

LAURÉAT MXP 2015

Ils rêvaient d’ouvrir des couloirs jamais skiés jusqu’alors et de partager une belle aventure humaine entre potes… Mission accomplie pour cinq freeriders franco-suisses : leur expédition en Terre de Liverpool, au Groënland, a bien rempli cet objectif… Et plus encore.

Départ

6 avril 2016

Arrivée

22 avril 2016

Durée

16 jours

Coordonnées géographiques

UNE ‘‘PAUSE CACAHUETTES’’ COMME POINT DE DEPART

L’idée d’aller poser les skis dans un territoire encore inexploré  a germé  en 2008, quelque part entre le Simplon et le Gothard, en Suisse :
« Nous étions partis avec Renat pour une semaine de raid. Nous n’avons croisé absolument personne pendant ces sept jours. Cette situation a sans doute amplifié notre envie de renouveler l’expérience.  Lors d’une banale ‘‘pause cacahuètes’’, nous nous sommes dits que ce serait sympa d’aller explorer de nouveaux terrains de jeux, vierges de toutes traces… », se souvient Marc Buschi, l’un des cinq membres de l’expédition avec Reynald Bourdier dit Renat, Jean Collinet, Steve Muskens et Franck Richemond.

La côte Est du Groënland, cette fameuse Terre de Liverpool située dans le Haut Arctique, s’est imposée rapidement à eux comme LA destination par son caractère  sauvage, ses nombreux couloirs aux allures alpines plongeant dans la calotte glacière…  Un de ces territoires mythiques qui prend racine dans l’imaginaire de l’enfance.  

Restait à constituer une équipe.

« Avec Renat, Jean, Steve et Franck, on a l’habitude de tourner ensemble. On a déjà ridé des couloirs en Ouzbékistan, Alaska, Colombie Britannique, Kamchatka... On était tous partants mais le plus dur était de trouver une disponibilité commune ! »

Les années ont filé mais pas cette envie de bout du monde qui revenait à chacune de leur rencontre.

Nous nous sommes dits que ce serait sympa d’aller explorer de nouveaux terrains de jeux.

Marc Buschi

La Terre de Liverpool (Groënland) est un massif montagneux surplombant un océan de glace.

Quasiment inhabitée, elle est située en bordure du Scoresby Sund, le plus vaste fjord du monde.

ETRE LAUREAT DES MXP ? DECISIF !

C’est finalement l’inscription au MXP qui a agi comme un déclencheur : « nous avons finalisé notre dossier en quatre jours. Nous l’avons présenté le 16 avril 2015 devant le jury des MXP. L’œuf était prêt à éclore mais nous étions remplis de doutes.  Le fait d’avoir été lauréat a été décisif. Des professionnels de la montagne ont cru en notre projet. Ils nous ont montré que notre expédition était réalisable. »

Dès lors, tout s’est accéléré : finalisation de la reconnaissance du terrain sur Google Earth,  échanges avec les alpinistes du GMHM ou spécialistes de l’alimentation pour affiner les derniers détails pratiques,  choix des équipements grand froid avec les responsables produits et les conseillers techniques Millet… Un peu d’entrainement aussi mais pas plus que d’ordinaire pour ce team parfaitement affuté, de surcroît en fin de saison de ski.

Le 6 avril 2016, c’est le départ.  Enfin. Cap sur l’Islande d’abord puis sur Constable Point, petit aéroport groënlandais perdu au milieu de nulle part, relié une fois par semaine à Reykjiavik. Les 350kg de matériel ont pris les devants.  Ne reste, à l’arrivée, qu’à préparer les pulkas et partir… Excitations !

«  Nous avions trois jours et demi de marche d’approche. Nous avons volontairement choisi d’organiser notre premier bivouac à trois km de Constable Point, sur le fjord, pour nous roder et tester le matériel en situation réelle. La nuit a été magnifique et nous avons dormi comme des bébés ! »

« L’œuf était prêt à éclore mais nous étions remplis de doutes »

Marc Buschi

DU BONHEUR A L’ETAT PUR

L’équipe repart, rassurée ! Les conditions sont bonnes. Le froid est vif certes mais l’équipement  top et le soleil bien présent. Les cinq skieurs rejoignent presque sans encombre leur lieu de campement au pied de « leurs » couloirs.  Juste quelques passages galères pour franchir les 800m de D+ avec les pulkas au milieu des glaces…

« Nous avons aménagé un camp confortable, planté la grande tente igloo prêtée par Jean Annequin. Nous avions fait le choix d’en avoir une seule pour être tout le temps ensemble. Nous avons aussi taillé une table et des bancs dans la glace, aménagé un coin pour le réchaud car on doit notamment faire de l’eau en permanence… »

A partir de ce ‘‘nid’’,  ils rayonnent pendant une semaine en non stop pour leur plus grand bonheur, avec pour seuls contacts extérieurs les échanges par téléphone satellite tous les deux-trois jours avec Sébastien Meylan, leur référent météo et Isabelle Ménis, copine de Marc « à qui nous donnions des nouvelles et qui alimentait notre page Facebook  Inuit Lines ».

Et cette météo justement est avec eux. Malgré quelques forts épisodes venteux, ils réussissent tous les jours à apprivoiser le paysage alentours, cumulant les pentes raides, flirtant avec des passages jusqu’à 50°, cherchant les meilleures entrées de ces couloirs taillés pour l’aventure.

Avec, à chaque fois, un p’tit nom de baptême pour le fun, choisi par l’ouvreur du jour.  Il y en aura huit au total : ‘‘Dimanche entre amis’’  pour le tout premier particulièrement pentu, ‘‘La Belle et la Bête’’ pour le deuxième, « très beau mais dégueu à skier », ‘‘Vous allez adorer’’, pour le troisième « en pensant aux copines restées en France », ‘’Timoline’’ pour le quatrième, concentré des prénoms des enfants de Renat,  puis ‘‘Silence radio’’, ‘‘Gropinopette’’, surnom de la fille de Jean, ‘‘Baby Lou’’,  de celle de Steve et ‘‘Tingerlaat’’.

Après l’effort, ils n’oublient surtout pas le réconfort : en témoigne cette fondue vraie de vraie tout spécialement prévue pour fêter leur première ouverture ! 

 

À chaque fois, un p’tit nom de baptême pour le fun, choisi par l’ouvreur du jour.

Galerie

UNE FORMIDABLE AVENTURE HUMAINE

Ces couloirs magnifiques étaient une excuse pour partager une formidable aventure humaine. Ce n’est pas l’exploit que nous étions venus chercher, mais bien le plaisir. Nous avons vécu en vase clos, les émotions étaient décuplées mais tout s’est super bien passé. La colonne vertébrale était hyper solide et tout le monde a pris sa place. Nous nous sommes recentrés sur l’essentiel », ajoute Marc qui reconnaît « avoir appris beaucoup » lui qui partait pour « absolument réussir ».

Appris aussi à accepter de renoncer quand, en toute fin de séjour, un souci de santé l’a contraint à un rapatriement forcé par hélicoptère sur Constable Point. Une décision prise après échanges avec ses coéquipiers et les médecins de l’Ifremmont, le pôle médical montagne de Chamonix, partenaire des MXP.

Une décision difficile, qui l’a privé des 48 heures de marche retour et  contraint à suivre, soucieux et stressé, par satellite interposé, ce dernier moment fort de l’expédition.

C’est aussi ça l’esprit des MXP. Se serrer les coudes, partager de belles expériences, vivre à fond ses rêves mais savoir jouer la prudence si le présent l’impose.D’autant que ce final n’a pas été de tout repos. Finie la clémence météorologique ! La team a dû affronter, sans visibilité aucune, un océan blanc, balayé par des vents glacés. Il lui a fallu 12 heures de cheminement non-stop dans la tempête avant de trouver refuge dans une cabane de trappeur, ultime étape avant de retrouver la base – et Marc – tous soulagés et heureux.

Se serrer les coudes, partager de belles expériences, vivre à fond ses rêves mais savoir jouer la prudence si le présent l’impose.

« On est parti avec plein de doutes et revenu avec plein de certitudes, conclut Marc. Et on sait qu’on repartira tous les cinq ensemble d’ici deux ou trois ans. Nous avons des idées… »

Le déclic MXP

« Nous étions tous des apprentis organisateurs d’expédition. On avait encore l’étiquette qui sortait du sac ! Etre lauréat des MXP nous a permis d’intégrer un groupe, d’obtenir un soutien global. On a eu accès, en amont, à des professionnels qui nous ont conseillés, rassurés… Pour les amateurs éclairés que nous étions, ca a été capital. »

L’Équipe

Reynald Bourdier
Guide de haute montagne L’Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes)
Jean Collinet
Pilote d’avion Sevrier (Haute-Savoie) – Arêches (Savoie)
Steve Muskens
Co-responsable de Teamway Genève (Suisse)
Franck Richemond
Chirurgien-dentiste Dijon (Côte d’Or)
Marc Buschi
Menuisier – Educateur Genève (Suisse)