Incloud :
opération mutants

Il voulait réaliser un vieux rêve malgré les aléas de la vie : en juillet 2014,  Vincent, paraplégique à la suite d’un accident, relie Liezen (Autriche) à Monaco, en parapente et vélo à bras, avec quatre amis d’enfance. Une traversée de 1200 km réalisée en trois semaines. Un véritable exploit au regard des conditions météo épouvantables. Et une vraie leçon de vie et d’amitié !     

DĂ©part

15 juillet 2014

Arrivée

6 août 2014

Durée

trois semaines et un jour

UN TRUC COOL ENTRE POTES … COMME AVANT

La vie de Vincent a basculé le 17 août 2011. C’était un mercredi, vers midi. Le jeune bûcheron travaille dans une coupe de bois quand la trajectoire d’un arbre croise malheureusement la sienne et lui écrase la colonne vertébrale. Le verdict est sans appel : Vincent ne remarchera pas. Dur quand on a 23 ans, des rêves plein la tête et que l’on voue une passion sans borne aux sports, au parapente en particulier !

« Pendant dix mois, j’ai dû réapprendre à vivre. Quand j’ai fini ma rééducation, en juin 2012, mes potes m’ont poussé à voler à nouveau. Je me suis lancé avec une sellette à roues et j’ai kiffé ! J’ai retrouvé mes sensations et mon aisance dans l’espace. En un mot, mon autonomie ! »

Vincent part ensuite une semaine en hand-vélo sillonner les berges du canal du Midi. Il vole et revole, reprend le ski…

Nait alors l’envie de « faire un truc cool entre potes », un «truc inspiré de la X Alps », la traversée des Alpes en parapente et à pied.

« Avec Manu, Julien, Raphi et Robin, on s’est dit pourquoi ne pas monter notre X Alps à nous pour continuer à partager des choses ensemble comme avant ? »

Vincent veut être actif et acteur dans ce projet. L’équipe envisage donc de relier Liezen (Autriche) à Monaco - soit 1200km - en parapente, en vélo et en hand-vélo pour être tous à égalité face au handicap.

« Quand la faiblesse physique devient une grande force mentale… Cette phrase de Grand Corps Malade est aussi devenue la mienne ».

Vincent

PAS L’EXPLOIT, JUSTE LE PARTAGE

Et l’aventure prend forme. Premier défi : trouver l’argent (environ 20 000 euros), notamment pour acquérir trois vélos à bras. Le team fait appel au financement participatif, obtient le soutien de ses proches et de Millet, dans le cadre des MXP. « Avoir Millet comme sponsor te crédibilise. C’est plus facile ensuite de démarcher d’autres partenaires », reconnaît Vincent.

Deuxième défi :  l’organisation !

« On s’est pas mal renseigné sur Internet pour connaître les conditions de vols, les meilleurs spots… Le parapente devait nous permettre de franchir un maximum de distance en exploitant la richesse aérologique du massif alpin. Avec Manu, on a orchestré la logistique en conséquence  (parcours, camion-suiveur pour le transport des vélos, des voiles...) »

Mais pas de préparation spécifique : « On est tous sportifs, on n’avait pas besoin d’entraînement particulier au préalable.  En plus, on ne cherchait pas l’exploit mais juste le plaisir de partager à nouveau un truc ensemble. On s’est simplement retrouvé une semaine avant le départ, tous ensemble, pour effectuer les derniers calages. »   

« Avoir Millet comme sponsor te crédibilise. C’est plus facile ensuite de démarcher d’autres partenaires ».

Vincent

UNE METEO GALERE

Ils se donnent un mois maxi pour traverser l’arc alpin. Si les conditions de vol sont bonnes, ils peuvent même espérer boucler le parcours en une dizaine de jours.

Mais voilà… La météo joue les trouble-fêtes dés le départ, avec un beau cocktail de pluie, de vent, de nuages…

« Le 3e jour, on avait déjà l’impression d’être parti depuis six mois. On était trempé en permanence.  On avait choisi de voyager en autonomie et de dormir sous la tente en pleine nature, au plus près des sites de décollage. Difficile du coup de faire sécher les affaires ! On dormait à l’arrache, on se lavait dans les rivières, on dînait lyophilisé, on pique-niquait sur le pouce, avec des sardines, du pâté, du fromage et du pain de mie… Tous les jours, on devait aussi charger et décharger les vélos ou les voiles du camion, souvent à plusieurs reprises, en fonction de l’option choisie… »

Bref… Cela faisait certes partie du trip initial mais l’aventure perd vite son côté « cool »  et vire à l’épreuve voire à l’exploit sous des cieux décidément hostiles !

« On n’a pas eu plus de cinq jours de beau au total et on était tous KO. » Pour autant, « on avait un but et on voulait atteindre Monaco coûte que coûte. On a un peu serré les dents. On s’est parfois pris la tête mais on se connaît depuis qu’on est gamin : les tensions ne durent jamais et le trip a renforcé plus encore nos liens. »

« Quand tu voles avec un bonhomme en fauteuil à côté de toi, tu te dis ça, c’est extraordinaire ! ».

Manu

DONNER L’ENVIE…

Sur les 1200km du parcours, finalement seuls 200 sont réalisés en parapente et 1000 en deux roues… les deux vélos normaux tractant les deux hand-vélos dans les côtes ! « Cela créé une vraie entraide, comme en montagne dans une cordée. »

Le team réussit quand même au passage quelques beaux vols comme dans le Valais : « On a survolé des sommets splendides et shunté deux cols qui nous auraient au moins demandé quatre jours en vélo !  ».

Cette « belle équipe de fous », dixit Raphi, est ainsi allée au bout, comme prévu, surprise  par l’intérêt  qu’elle a suscité  tout au long du parcours !

Sous un ciel redevenu bienveillant, elle s’est remise de ses émotions au bord de la Grande Bleue, Clairette de Die et steak-frites à l’appui.

Son exploit est aujourd’hui immortalisé sur la pellicule, dans un film de 32 mn baptisé « Incloud, opération mutants », en forme de clin d’œil à cette belle « bavante » qui fera date dans les annales…

 « Ce serait cool si le film pouvait donner l’envie à d’autres de se lancer ».

Vincent

SPITZBERG, NOUVELLE ZELANDE… ET PLUS SI AFFINITES

Depuis, Vincent est parti camper et skier 15 jours au Spitzberg, en mai 2015. En décembre, il va sillonner l’île sud de la Nouvelle Zélande en tandem… De nouvelles aventures, de nouveaux partages sur fond d’amitié, de solidarité et d’entraide… pour montrer aussi que la vie ne s’arrête pas après l’accident et « qu’en fauteuil, on peut aussi arriver à faire plein de trucs » !   

Créer des ponts entre deux mondes

Vincent et ses cops ont créé l’association « In Cloud » pour supporter leur projet mais pas seulement. « Nous sommes conscients du réel manque de moyens pour favoriser la pratique de loisirs entre handicapés et valides. Nous souhaitons donc accompagner d’autres projets à vocation humaine en mettant notre matériel et nos moyens à disposition, en apportant des conseils… » L’une des premières actions  ? La conception d’un fauteuil de vol performant et adapté aux contraintes du handicap en cours de réalisation par des apprentis du CFA de l’Erier, à la Motte-Servolex. L’équipe aimerait aussi organiser une journée biplace découverte avec les handi et souhaite se rapprocher d’une association similaire à la leur, orientée sports d’hiver, pour concevoir des projets communs.

L’Équipe

Vincent de Lepeleire
Né en 89. Ancien rameur d’aviron de niveau national.
Raphaël Revil dit Raphi
23 ans Alpiniste.
Julien Schlosser
23 ans. A commencé le parapente en 2009, breveté en 2010.
Emmanuel Cachau-Herreillat, dit Manu
25 ans, Pilote de planeur Ă  16 ans.