El Capitan Ă  bout de bras

Lauréat MXP 2012

Le 11 octobre 2013 à 16 heures, Vanessa François, alpiniste et paraplégique, atteint le sommet d’El Capitan, dans le Yosemite. Elle vient de réussir les 600 m de la voie du Zodiac par la seule force des bras et l’extraordinaire complicité de Liv Sansoz, double championne du monde d’escalade, Marion Poitevin, première femme à avoir intégré le Groupe militaire de haute montagne et Fabien Dugit, excellent grimpeur. Cette alpiniste de 41 ans en rêvait depuis le dramatique accident qui l’a privée de l’usage de ses jambes en 2010… Une belle aventure sportive certes et surtout humaine.

DĂ©part

7 octobre 2013

Arrivée

11 octobre 2013

Durée

5 jours

Coordonnées géographiques

QUAND LA VIE BASCULE

Vanessa François dit que ce qui la caractérisait avant son accident, c’était le mouvement. Cette infirmière en réanimation originaire de Belgique a d’ailleurs fait de Chamonix son camp de base en 2003. Elle veut s’adonner à sa passion, l’alpinisme, et devenir guide.  Sept ans durant, elle travaille dur. Elle enchaîne les courses et non des moindres : Face nord de l’Eiger,  voie Manitua, en face nord des Grandes Jorasses (première féminine hivernale), Intégrale de Peuterey, Directe américaine des Drus… Le rêve grandeur nature! Et puis, un jour, un bloc de glace brise brusquement son élan. Elle a 38 ans.  Nous sommes le 29 avril 2010. Une journée sans nuage. Vanessa s’entraine pour le diplôme d’aspirant guide. Elle grimpe avec deux amis, Olivier et François, dans la face sud de l’Aiguille du Midi quand un poids énorme vient l’écraser contre la paroi.  La saison de grimpe redémarre à peine pourtant elle sent qu’elle est déjà finie pour elle. « J’ai tout de suite su que j’avais perdu mes jambes. »  Un verdict douloureux et sans appel confirmé par les médecins lorsqu’elle se réveille deux jours plus tard : fracture de la colonne vertébrale en D6 D7 avec un énorme déplacement. En quelques secondes, il anéantit tous ses rêves : elle ne remarchera pas et ne sera jamais guide.  Le désespoir.  

« Je n’ai jamais vu autant

de désespoir dans les yeux

de quelqu’un. » 

Olivier

LE RĂŠVE PREND LE DESSUS

Et puis il y a ce temps qui doucement fait son œuvre par-delà la détresse, les amis qui sont là. « Peu à peu, je me suis  adaptée à ce nouveau rythme de vie ». Mieux encore, elle coupe la voie à l’abattement et se reprend à rêver. L’idée de gravir El Capitan germe ainsi dans son esprit durant l’été 2010. Dans un livre offert par des amis, Steph Davis grimpe El Cap avec une amie paraplégique.  Dès lors, elle ré-enclenche le mouvement. Elle met toute son énergie dans la réalisation de son nouveau projet :  elle retournera dans le Yosemite et gravira elle aussi Zodiac.  Son enthousiasme séduit rapidement Marion Poitevin, Nicolas Potard,  Liv Sansoz,  Fabien Dugit…  L’esprit de cordée prend corps.

Liv en témoigne : « Je trouvais le projet fantastique et tellement naturel d’accompagner Vanessa en lui donnant ce que je pouvais lui donner. Petit à petit le projet de Vanessa est devenu notre projet. » Vanessa créé une association, « Vanessa en mouv » pour recueillir des fonds – il lui faut environ 17 000 € pour couvrir l’ensemble des frais -…  Elle remporte le vote du public sur Facebook lors de la Millet Expédition Project 2012.

Puis elle entame une sérieuse préparation physique pendant dix-huit mois : ski de fond en fauteuil, vélo couché et deux à trois séances d’escalade par semaine. Avec Marion, Fabien, et un autre ami Dominique, elle part aussi tester les nuits en portaledge dans le Verdon… Elle gravit la Castapiagne Rouge, voie de 180m en 7 longueurs (7c, 8a ) en deux jours. « Retrouver ce satané monde vertical après deux ans et demi, quelle expérience ! »  Et les horizons aux horizons succèdent comme dans un tourbillon…

Nicolas Hairon / altitudefilms.fr

«J'utilise une sellette de parapente adaptée. Je grimpe le long d'une code fixe grâce à un système de poulies et une poignée autobloquante adaptée sur un guidon. Chaque traction me hisse d'environ 50 cm soit 4000 pour gravir Zodiac !»

LE GRAND JOUR

Octobre 2013. Arrive enfin le départ et… les premières déconvenues à l’atterrissage aux Etats-Unis!
« Nous étions en pleine paralysie budgétaire. Le parc était officiellement fermé et des rangers en interdisaient l'accès. » 
Hors de question de voir 18 mois de préparation réduits à néant mais la chance est de son côté.  Les grimpeurs réussissent à équiper discrètement le départ de la voie de cordes fixes. Ils acheminent quelque 100 kg d’eau, de vivre de matériel au pied… Iront-ils ? Iront-ils pas ?  Les hésitations restent palpables compte-tenu du contexte exceptionnel ! 

Lundi 7 octobre, Liv donne finalement le signal du départ : « En tergiversant davantage, nous risquions de nous retrouver sous la pluie dans un endroit de la paroi peu protégé. »

Nicolas choisit de les rejoindre au sommet. Il y a, pour lui, trop d’inconnus pour prendre le risque d’engager sa responsabilité de guide dans l’ascension. Fabien et Marion grimperont en tête à tour de rôle, Liv hissera les sacs et les deux portaledges, Vanessa rejoint à dos d’homme le pied de la paroi. « Grâce à l’aide de Julien (grimpeur rencontré sur place) qui me porte en alternance avec super Marion et méga Fabien, nous arrivons très vite. Je n’en mène pas large mais je sens que ce qui se passe est énorme, gonflé de puissance, de générosité. »

Il leur faudra cinq jours et quatre nuits pour atteindre le sommet. Vanessa se hisse sur les cordes fixes installées par Fabien grâce à sa poignée autobloquante.

« Quel sentiment de bien-être que de pouvoir dépenser mon énergie dans cet océan de granit vidé de tous grimpeurs à cause du shutdown ! Je ne me suis jamais senti handicapée lors de cette ascension, je faisais mon maximum et les autres ne m’en demandaient pas plus. L’accessibilité et l’autonomie au top ! Mes partenaires de cordée m’ont fait un énorme cadeau qui m'oblige à croire en la vie. » 

« QUELQUE CHOSE D’HUMAINEMENT INCROYABLE »

«La seule chose qu'il y a à retenir, écrit Liv Sansoz, c'est cette énergie magique qu'il y a eu entre nous. On a partagé et vécu quelque chose d'humainement incroyable.Avec comme moteur principal Vanessa. Je n'étais plus tout à fait la même au sommet de Zodiac que celle qui quittait le sol cinq jours auparavant. »

ET AUJOURD’HUI

Vanessa a, depuis, retrouvé Chamonix. Elle garde intact le souvenir de ce très beau moment de solidarité, excellent pour retrouver la confiance en soi. Légitimement fière d’avoir réussi, elle a bien sûr envie de relever d’autres challenges. En attendant, elle souhaite se consacrer à « Vaness in mouv » son association. Elle veut faire progresser  le nombre d’adhérents pour pouvoir certes se lancer de nouveaux défis mais aussi pour enrichir ses échanges avec d’autres personnes handicapées motrices ou non.  Elle débute également des conférences  pour partager cette superbe aventure… Une manière aussi pour elle de contribuer à changer le regard sur le handicap.

L’Équipe

Vanessa François
Née le 20/04/1972, passionnée de montagne
Marion Poitevin
Née le 24/06/1985, première femme admise au GMHM et aspirante guide
Liv Sansoz
NĂ©e le 12/02/1977, double championne du monde d'escalade
Fabien Dugit
NĂ© le 03/04/1984, aspirant guide et grimpeur
Nicolas Potard
NĂ© le 09/10/1980, guide
Nicolas Hairon
Né le 13/11/1985, caméraman