Au fil de l'amour

Ils voulaient faire un grand voyage et réfléchir à leur vie. En 2013, Cécile Cusin et David Vulliez ont vécu quatre mois en Sibérie orientale, au rythme du fleuve Amour. Entre Chine et Russie, en canoë et en vélo, ils ont ainsi cheminé, au propre comme au figuré… 

DĂ©part

8 août 2013

Arrivée

6 décembre 2013.

Durée

quatre mois

UNE DESTINATION COUP DE FOUDRE

Nous sommes en 2013. Cécile et David ont 29 ans et une envie : partager une belle aventure à deux, loin du quotidien et de son confort, avant de franchir le cap de la trentaine. Ils veulent découvrir de nouveaux horizons mais plus encore : prendre le temps de réfléchir et d’aller à la rencontre de l’autre de manière différente. Alors ils se plantent devant le planisphère accroché sur le mur de leur appartement et le voyage commence. Leurs regards parcourent le monde, se posent sur le fleuve Amour. C’est le coup de foudre ! « La symbolique était bien évidemment sympa. L’idée d’aller voir ce qui se passait le long de cette frontière peu fréquentée entre la Chine et la Russie séduisante. » De cette idée est né leur projet : traverser la Sibérie orientale en canoë et vélo en suivant le cheminement de l’Amour sur environ 3000 km. Sept mois de préparation plus tard, les voilà prêts pour le départ. Le 8 août 2013, les deux Annéciens et leurs 100 kg de bagages s’envolent pour Pékin puis pour Hailar, en Mongolie Intérieure. Ils troquent l’avion contre le bus et au bout d’une dizaine d’heures, atteignent enfin le fleuve. 

Leurs regards parcourent le monde, se posent sur le fleuve Amour. C’est le coup de foudre !

UN FLEUVE NOMME DESIR…

Là, les choses se compliquent : pas de mise à l’eau possible côté Chine. C’est niet, même pour rejoindre la rive russe juste 200m en face ! « Il existe deux ponts pour traverser l’Amour. Nous avons donc pris nos 100 kg de matériel et le bus pour rejoindre celui du nord, situé à 350 km. Lorsque nous sommes arrivés, seules les marchandises étaient autorisées à passer. Nous avons dû rebrousser chemin et rejoindre le pont sud. » Au total, quatre jours de détour pour retrouver leur point de départ initial mais… côté russe ! « Là, on est tombé sur la crue du siècle de l’Amour ! On a encore dû patienter 15 jours ! » L’Amour se ferait-il désirer ? Sans aucun doute. Le bonheur n’en est que plus grand quand enfin la mise à l’eau se dessine. Au bout des rames : un périple de 1300 km, soit 28 jours en autonomie complète (vive la nourriture lyophilisée !), à bord d’un canoë biplace gonflable.  Côté intimité toutefois, c’est raté : « Nous étions suivis en permanence par des garde-frontières en bateau. Ils nous indiquaient où camper. Nous avons obtenu une seule autorisation pour débarquer dix mn dans un village ! Et il fallait avancer vite, environ 70km/jour. »     De part et d’autre, le paysage est monotone, le plus souvent cerclé de barbelés, ponctué de bornes kilométriques, blanches pour la Russie, rouges pour la Chine...  « C’était une descente hors du monde hors du temps, avec de belles rencontres : les militaires qui nous surveillaient, les journalistes russes qui nous ont accueillis au bout de nos 1300 km… »

« Rapidement, le fleuve s’élargit : 200 mètres au départ, 2 km à notre arrivée, 200 km à son estuaire et une eau très froide, 6° environ. » 

L’AVENTURE INTERIEURE

Alors que le canoë repart vers la France par voie postale, Cécile et David basculent côté chinois via navette fluviale. Là, dans une « toute petite ville » de 200 000 habitants, ils partent en quête de vélos. Sans succès : ils doivent se contenter de tricycles avec charrette intégrée pour poursuivre, par la route, leur descente de l’Amour. « Nous avons roulé sur 300 km le long des barbelés. La progression était peu évidente, le climat rude… Nous devions ensuite emprunter le fleuve mais le gel se faisait attendre… Alors on a redessiné la fin de notre aventure. » Le couple a donné ses tricycles. Il a rejoint en bus  l’immense Taïga 1000 km plus bas. « La décision a été difficile à prendre. Mais notre voyage, c’était aussi  s’accorder du temps pour réfléchir. On a donc fait le plein de nourriture et on s’est posé trois semaines dans une minuscule cabane perdue au milieu de nulle part. On a analysé ce qu’on venait de vivre, la manière dont cela allait impacter la suite de notre vie… On a vécu en complète autonomie, avec un grand congélateur extérieur (-30°) et un petit fourneau à bois à l’intérieur ! » 

« Notre voyage, c’était aussi de s’accorder du temps pour la réflexion. »

RETOUR VERS LE PRESENT

Aujourd’hui, Cécile et David ont repris le cours de leur vie. Leur complicité s’est renforcée et ils se sont, disent-ils, « recentrés sur l’essentiel : passer du temps avec les gens qu’on aime, simplifier nos modes de fonctionnement, apprécier les bons moments…» Ils préparent un livre-récit « fleuve », écrit « à quatre mains » et Cécile imagine déjà le film qui suivra…    

« La bourse Millet est un sacré coup de pouce. Nous avons bénéficié d’un équipement performant pendant notre voyage. Vraiment ce qui se faisait de mieux. La bourse a en plus agi comme un véritable levier qui nous a ouvert les portes d’autres sponsors.»

L’Équipe

David Vulliez
30 ans en 2014, ingénieur R&D. Passionné de sports de montagne. Réside à Annecy (Haute-Savoie).
CĂ©cile Cusin
30 ans en 2014, réalisatrice de documentaires. Passionnée de sports de montagne. Réside à Annecy (Haute-Savoie)