Across Antarctica

Un aventurier norvégien leur donnait moins de 10 % de chances de réussite et pourtant… Stéphanie et Jérémie Gicquel ont traversé cet hiver l’Antarctique en ski, à la seule force des bras et des jambes. Ce couple d’avocats a parcouru 2045 km en 74 jours. C’est la plus longue traversée en ski jamais effectuée dans ce désert de glace sans voile de traction. C’est aussi l’expédition la plus longue réalisée par une femme dans ces conditions, sur ce continent.

DĂ©part

31 octobre 2014

Arrivée

27 janvier 2015

Durée

73 jours 15 heures et 35 minutes

AU DEPART, UNE IDEE UN PEU FOLLE

L’idée de traverser l’Antarctique a germé dans l’esprit de Stéphanie et Jérémie  lors d’un déjeuner entre deux rendez-vous, dans un bistrot parisien.  Le couple partage une vraie passion  pour les régions polaires. Il a parcouru le Groenland, le Spitzberg, le pôle nord, à ski, à la voile ou à pied… Il a également approché l’Antarctique et a été fasciné : « On a eu envie de savoir ce qu’il y avait derrière. Un jour, on s’est dit pourquoi pas le traverser », raconte Stéphanie. 

L’idée semble « un peu folle mais pas impossible ». Leur premier défi ?  Arriver à se faire connaître,  à prouver qu’ils sont crédibles… En un mot, à convaincre pour réunir un budget d’environ 100 000€ ! A force de persévérance et de rencontres, ils réussissent à engranger 60 % de cette somme. Pour les 40 % restants, ce sera un emprunt. Et pour l’équipement, ce sera Millet : le couple fait partie, à sa grande joie, des lauréats 2014 des bourses d’expédition !

Parallèlement, les deux sportifs, férus de course à pied, multiplient les ultra trails, se préparent avec un coach spécialisé en arts martiaux, se mettent en conditions de froid dans des entrepôts frigorifiques… Ils participent aussi, en avril 2013, au marathon du pôle Nord, soit 42,195 kilomètres par -30° C.

Le compte à rebours s’égrène ainsi jusqu’à ce très attendu 31 octobre 2014. Les deux trentenaires s’envolent pour Punta Arena (Chili). L’heure est aux derniers préparatifs avant le continent blanc : achats de rations alimentaires complémentaires, customisation des pulkas, préparation des sacs de ravitaillement, test du matériel de communication… Ultimes réglages quelques jours plus tard sur la base d’Union Glacier et c’est la dépose au point de départ de l’expé.  Et là, au milieu de nulle part, « on se retrouve seuls et on prend conscience du défi. C’est un moment fort, surtout quand l’avion repart. »

« On se retrouve seuls au milieu de l’Antarctique et on prend conscience du défi.  »

Stéphanie

74 JOURS HORS DU MONDE

Mais pas question de s’apitoyer bien au contraire…

« Nous avions un temps limité pour effectuer cette traversée. Nous ne devions pas manquer le dernier avion de la saison en partance pour le Chili le 28 janvier. Nous avions prévu de rallier le pôle Sud d’ici au 20 décembre. Sur cette première partie, en montée du niveau de la mer jusqu’à 2 850 m, nous skiions huit à dix heures par jour avec une pause de 10 mn toutes les heures. Nous tractions des pulkas d’un poids équivalent au nôtre. Sur les 400 premiers km, les sastrugis nous ont vraiment ralentis, nous étions en équilibre en permanence ! Nous avons finalement atteint le pôle Sud le 24 décembre, pour le réveillon. Inoubliable ! »

Sur le retour,  du pôle Sud à la barrière de Ronne, le rythme monte en puissance avec 10 à 16 heures de ski quotidien. « Le dernier jour, nous avons dû progresser très très lentement dans une grande zone de crevasses, en plein brouillard. A l’arrivée, nous avons eu droit à une éclaircie découvrant la barrière de Ronne… A ce moment-là, on sait alors qu’on a accompli quelque chose d’énorme, qu’on revient de très très loin ».

Et pour cause : « Nous avons dû faire face au froid (une dizaine de jours à -50°C), aux vents catabatiques, aux sastrugis, au brouillard, aux crevasses, progresser sur un plateau à haute altitude (entre 2500 et 3000 mètres), lutter contre la faim malgré nos rations quotidiennes consistantes…».

Pour autant, les deux aventuriers n’ont jamais  eu envie d’abandonner même au tout début quand Stéphanie a été malade ou quand un arceau de leur tente a cassé. « On s’était tellement investi et il y avait tellement de gens qui nous suivaient ! »

« Nous skiions huit à dix heures par jour avec une pause de 10 mn toutes les heures. » 

Jérémie

UNE AVENTURE PARTAGEE

Car ce ne sont pas les records qui motivent Stéphanie et Jérémie. « Au-delà du défi logistique, physique et mental, nous avons préparé cette expédition avec la volonté de partager.»

Partager ? C’est d’abord alimenter leur compte Facebook et leur blog tout au long du parcours. « Nous rechargions nos deux téléphones satellites grâce au panneau solaire que nous placions entre le double toit et la tente. Nous disposions d’une adresse qui mettait directement à jour notre page Facebook mais nous n’avions pas accès aux commentaires. Nous ne voulions pas recevoir d’information de l’extérieur. Une mauvaise nouvelle pouvait être fatale à l’expédition »

C’est également rapporter des photos, des vidéos, des instants, des sensations afin d’en faire profiter le plus grand nombre au retour dans le cadre d’expositions interactives, en partenariat avec le photographe professionnel Kyriakos Kaziras.

C’est collecter et transmettre des données relatives au froid, au climat… à deux classes de 6e et seconde afin qu’ils puissent les analyser avec leur professeur. C’est collaborer avec une école de peinture en Auvergne.

Mais c’est aussi et surtout soutenir l’association Petits Princes qui réalise les rêves d’enfants gravement malades. « Cette dimension solidaire nous tenait vraiment à cœur. Parce que nous concrétisions un de nos rêves dans le cadre de cette expédition, nous souhaitions donner la possibilité à des enfants de réaliser eux aussi le leur. » 8000 € ont ainsi été collectés et reversés intégralement à la structure. 

" Nous avons ouvert une page de collecte de dons reversés à l'association Petits Princes pour que des enfants malades puissent eux aussi réaliser leur rêve. "

Stéphanie

No man's land

L’Antarctique est le continent le plus froid (température moyenne annuelle de -53°C), le plus sec (moins de précipitations qu’au Sahara), et le plus élevé de la planète (2500 m d’altitude en moyenne). Un continent immense grand comme vingt fois la France. Un continent blanc recouvert d’une couche de glace d’une épaisseur moyenne de 1,6 km.

PROLONGER L’ESPRIT DE L’EXPE

Aujourd’hui, Stéphanie et Jérémie préparent donc une exposition mais aussi des conférences, un carnet de voyage illustré et un film de 52mn pour continuer de faire vivre leurs 74 jours en tout point hors du commun. Car «  ce serait vraiment dommage de tourner la page trop vite et de ne pas prolonger l’esprit de l’expé ! »

L’Équipe

Stéphanie
32 ans, avocate, Paris
Jérémie
32 ans, avocat, Paris